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  • Corinne Bertaiola

Changer son alimentation, pourquoi est-ce si difficile ?



Peu importe la raison, ce n’est pas la question ici.

Je viens de réaliser que je dois changer ma façon de me nourrir. Je change pour une bonne cause, je sais que je fais le bon choix. Mais alors pourquoi est-ce si difficile de mettre ce choix en pratique ?


Quelle que soit l’intensité de notre volonté face à cette décision, ce changement est vécu comme une épreuve, une bataille, un défi important ! Pourquoi cela nous affecte-t-il autant ?




Une habitude familiale


Tout d’abord, changer d’habitudes c’est toujours compliqué, parce que notre cerveau a acquis des automatismes. Que cela concerne le rythme de sommeil (par exemple avec les changements d’heures), les vêtements ou la coiffure, la voiture qu’on conduit, même les meubles qui nous entourent, nous avons mis en place des repères.


Ces repères servent tout d’abord à décharger notre cerveau. Contrairement à ce que certaines personnes peuvent croire, une personne multitâche n’existe pas (sauf anomalie du cerveau !). Notre cerveau ne peut focaliser son attention que sur une seule tâche à la fois, mais en répétant une tâche simple un certain nombre de fois, elle devient un automatisme, on peut alors l’effectuer sans y penser. Cette action est enregistrée dans l’inconscient pour laisser de la place dans « la mémoire vive » du conscient afin qu’il nous permette d’exécuter de nouvelles tâches qui demandent toute notre attention. C’est ainsi que nous pouvons conduire en écoutant la radio, continuer une conversation en ouvrant un placard ou encore manger en regardant la télé (ce qui n’est pas une bonne chose mais ce n’est pas le sujet de cet article !).


Ensuite, les repères que nous mettons en place (le plus souvent inconsciemment), ont le grand avantage de nous sécuriser. En effet, l’inconnu est une source de stress et de peur donc à l’inverse, ce que l’on connaît très bien nous sécurise et nous réconforte. Nos habitudes sont un peu comme des « doudous invisibles ».


Non seulement, nos habitudes alimentaires sont ancrées dans notre inconscient et nous rassurent mais en plus, elles représentent un héritage familial ! Et oui, notre alimentation n’est pas une habitude comme les autres. Elle est fortement liée à notre enfance, à ce que nos parents nous ont appris et surtout nos habitudes alimentaires sont incrustées depuis le début, autant dire depuis très, très, très longtemps…l’emprunte dans notre cerveau est donc profondément implantée. Ces habitudes sont en quelque sorte un lien familial, elles font partie de ce que l’on appelle le schéma familial. Ce schéma a conditionné notre façon d’être depuis tout petit. C’est en partie pour cela que le changement d’alimentation est aussi difficile. Ces habitudes alimentaires sont plus profondes que les autres mais aussi, changer ces habitudes revient à remettre en question le schéma familial. Pour certains, c’est comme entailler le lien familial.



Plaisir et récompense


La difficulté de ce changement est aussi liée au plaisir. Le plaisir gustatif occupe une grande importance dans notre culture occidentale et encore plus en France (mondialement célèbre pour sa gastronomie). Les repas ne servent pas seulement à nous nourrir mais sont aussi l’occasion de partages, de convivialité et de fête. Cuisiner et partager un repas entrent donc dans une dimension plus grande que nos besoins alimentaires.



Bizarrement, tout ce que nous adorons est mauvais pour notre santé.



En fait, ce n’est pas complètement vrai…les aliments eux-mêmes ne sont pas réellement nocifs. C’est plutôt notre envie de nous faire plaisir tout le temps avec ces aliments qui les rend nocifs. Ce sont nos pulsions incontrôlables pour le sucré, le gras et le salé qui doivent être incriminées. En quantité raisonnable, le corps les tolère très bien. Par contre en répétant les excès, qui deviennent des habitudes, le corps n’arrive plus à suivre et déclenche des réactions.


Nos excès sont une conséquence de notre mental qui ne se sent pas bien. Un manque affectif, un manque de reconnaissance, un manque de confiance en soi, un manque d’appartenance…Nos excès alimentaires sont le plus souvent une compensation à un manque. Je vous conseillerai donc d’identifier ce qui vous manque avant de changer votre alimentation.


Pour nous sentir bien, nous avons besoin de récompenses. C’est notre fonctionnement d’humain, pour rester motivé et positif, nous avons besoin d’un chemin sur lequel nous pouvons récolter des récompenses plus ou moins grandes et ainsi « alimenter » notre cerveau.



Notre cerveau regroupe plusieurs domaines, il n’y a pas que la psychologie. Son fonctionnement chimique explique aussi beaucoup de chose. Pour faire simple, le sucre, le sel et le gras stimulent des zones du cerveau associées au plaisir et activent ainsi le circuit de la récompense. Cela se passe par le biais de neurotransmetteurs dont principalement deux : la dopamine et la sérotonine. L’ingestion des aliments influence la libération de ces neurotransmetteurs, selon leur composition. La dopamine est associée au plaisir et à l’excitation quant à la sérotonine, c’est l’hormone apaisante du bonheur. Rien d’étonnant au fait qu’on en redemande !



Passons à la pratique !


Un changement d’alimentation n’implique pas seulement un changement au niveau du choix des aliments. Quand on essaye, on se rend vite compte que c’est plus complexe que cela.


Pour la plupart des aliments, ils ne se mangent pas comme ça, direct. Il faut les cuisiner et la cuisine c’est tout un art ! Et oui, pour que le changement soit réalisable, on doit trouver du plaisir dans les nouvelles saveurs que nous allons déguster. Cela nécessite de chercher ou d’élaborer de nouvelles recettes, peut-être même d’apprendre de nouvelles techniques ou de s’équiper de nouveaux appareils (robot, cuiseur, mixeur…). C’est tout un monde à découvrir !


Une fois les recettes trouvées, il est important de dresser des menus sur la semaine. Ainsi, on gaspille moins et on est certain d’avoir tous les ingrédients pour réaliser la recette voulue. Petite astuce, je prévois toujours dans mes menus les repas que je vais emporter au travail de façon à ce que ce soit des restes ou quelque chose de simple et rapide à réaliser.

Le fait de prévoir les menus évite vraiment de retomber dans ses mauvaises habitudes. Quand on n’a pas d’idée, qu’on est fatigué de sa journée et qu’on n’a pas prévu les ingrédients, on se rabat généralement sur les pâtes, une boîte de pâté ou un morceau de fromage. Dommage !

Pour certaines personnes, il faudra également changer sa façon de faire les courses. C’est peut-être l’occasion d’aller dans des rayons qu’on ne connaissait pas vraiment. Choisir des produits frais (pourquoi pas sur le marché), certains produits bio, se rendre dans plusieurs endroits au lieu d’un seul.


Enfin, tout cela demande du temps. Du temps pour planifier les menus, du temps pour faire les courses et encore du temps pour préparer des légumes et cuisiner des plats. En effet, c’est le prix à payer pour manger mieux.


Vous pensez sûrement : « C’est trop ! Je ne peux pas me permettre de perdre tout ce temps ! ».


Tout dépend du point de vu dans lequel on se place, moi je le vois plutôt comme du temps utilisé pour me faire du bien et prendre soin de ma famille. C’est une double récompense : je me fais plaisir en mangeant un plat fait maison et je renforce ma confiance en moi en relevant mes petits défis culinaires. Le tout m’apporte ce dont mon corps à besoin pour que je me sente bien. Attention, ceci est mon point de vue aujourd’hui, je ne disais pas cela au début, je suis passée par de nombreuses phases. Et pour ça, je respecte le point de vue de chacun sur le sujet.




En clair...

Tous les changements d’habitudes sont difficiles même quand nous l’avons choisi pour notre bien et c’est normal. Les changements alimentaires le sont encore plus car ils touchent au schéma familial. Certains aliments créent même une « dépendance ».

Instaurer un changement alimentaire demande du temps et une nouvelle organisation. C’est un grand chamboulement qui ne se fera pas en un clin d’œil. Notre organisme met environ trois semaines pour s’adapter à un changement, pour celui-ci il faudra peut-être un peu plus de temps.


Voici donc quelques conseils pour vous aider à passer le cap :


  • Prévoir le changement bien à l’avance pour vous organiser et préparer votre mental à accepter l’idée.

  • Faire des listes d’aliments à favoriser et les classer par famille, cela vous aidera à choisir vos menus.

  • Chercher à faire simple au départ, le but n’est pas d’ouvrir un restaurant gastronomique

  • Mettez du goût avec l’ail, l’oignon, origan, basilic, thym, romarin, menthe, coriandre… et surtout gardez du plaisir gustatif

  • Vous ne pourrez pas tout changer d’un coup, vous devez vous fixer des étapes.



Gardez à l’esprit que vous changez pour quelque chose de mieux, que vous passez à l’action pour prendre soin de vous. Le changement alimentaire n’a pas que des côtés négatifs, vous pouvez aussi le vivre comme une belle aventure.


Êtes-vous prêt à changer ?

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